• Les a prioris et craintes sur la SEGPA

    SEGPA : Un mot qui fait bien souvent peur à tout enseignant ne connaissant pas cet univers. Je vous ai donc demandé quels étaient vos craintes et vos a prioris sur ce mot. Je vais les détailler afin de vous montrer (du mieux que je le peux) la réalité sur la SEGPA. Bien sûr, il s'agit de ma vision des choses et elle n'est peut être pas la même partout et pour tous. Laissez un commentaire si vous voulez compléter ou bien si vous avez une autre vision des choses. 

    C'est parti : 

    - La gestion des comportements / de la classe : C'est le thème qui revient le plus souvent mais ce n'est pas forcément la plus grosse difficulté de l'enseignant à mon sens. La gestion est différente selon chaque classe et selon le lieu de la SEGPA ( grosse différence entre les SEGPA de campagne et de ville dans ma région). Cependant, pour aller plus loin, je dirais même que la gestion est fluctuante à chaque heure de la journée. Une classe ou même un élève peut aller bien une heure et complètement déraper l'heure suivante. C'est donc une facette que je trouve intéressante dans l'enseignement en SEGPA. On ne sait jamais ce qui va arriver d'une heure à l'autre et on s'adapte. 

    Malgré tout on peut gérer ce comportement au travers de plusieurs systèmes ou autres fiches de suivi. Cela dépend vraiment de chaque élève. Dans tout les cas, la gestion n'est pas plus difficile en SEGPA que dans une classe de primaire où il y a des élèves en attente d'ITEP, IME ... C'est juste une autre façon de voir les choses.  

    - La violence : Vrai et Faux. La violence en SEGPA n'est pas forcément plus présente que dans les autres classes du collège. Malgré tout, il ne faut pas oublier que ces élèves ont quelques manques par rapport au socle commun et donc pour certains n'arrivent pas à verbaliser leurs émotions ... par conséquent certains les expriment par la violence. De nouveau, cela dépend des SEGPA. Il m'est déjà arrivé de m'interposer dans une bagarre en classe entre 2 élèves de 3ème bien plus grands que moi! Cela fait tout drôle. Malgré tout, notre rôle est d'empêcher cette violence et là encore il existe de nombreux moyens de le faire. Il ne faut pas oublier que dans la majorité des cas les élèves sont des enfants "abîmés par la vie" et qu'il y a une forme de colère en eux qui peut ressortir de différentes façons ( violence physiques ou verbales ).   

    - "Les SEGPA" sont des élèves débiles : FAUX La SEGPA est là pour aider des élèves qui n'ont pas valider les acquis du primaire (cycle 2 et début de cycle 3). Ils ne sont pas débiles. Certains sont très manuels, beaucoup plus que les profs eux-mêmes de temps en temps. On peut apprendre d'eux. Cela m'est déjà arriver de prendre une leçon de soudure par un élève ! Les élèves de SEGPA sont riches et notre rôle en tant qu'enseignant est de développer cette richesse ! 

    - Les élèves sont provocants envers les adultes : Vrai et Faux ! Encore une fois, tout dépend des élèves. Ce n'est pas la majorité mais cela existe. Il faut en être conscient et vigilant sur ce point. Certains vont essayer de nous mener en bateau et d'autres vont faire cela dans notre dos. Il faut faire preuve de fermeté avec ces élèves sans non plus aller à l'affrontement. 

    - Les élèves sont stigmatisés par les autres élèves : Vrai mais notre travail est d’atténuer cela. Il y a quelques années, c'était encore très fortement le cas. Maintenant, je le pense de moins en moins grâce à l'action de certains enseignants qui ouvrent la SEGPA à tous les élèves du collège. Cette non-stigmatisation passe aussi par un travail de l'équipe dirigeante du collège (dont le directeur adjoint chargé de la SEGPA) afin d'inclure les élèves dans chaque moment du collège ( sortie / cross / semaine des langues ...) 

    - Gérer des ados : La gestion d'ados n'est pas la même que celle d'élèves de maternelle. Les problématiques ne sont pas forcément les mêmes ( notamment du point de vue de la sexualité). Cela demande un temps d'adaptation pour le PE qui débarque là dedans. Cependant, c'est un monde fabuleux où l'on peut avoir de grandes discussions avec les élèves. Bon d'accord, on peut aussi gérer des grosses peines de cœur ! Un autre point malheureux dans la gestion des ados est celui du suicide. C'est une thématique récurrente qu'il faut prendre en compte et qu'on apprend à gérer. Les scarifications ne sont pas rares et il faut prendre le temps de parler avec les ados afin de nouer une relation de confiance avec eux. Le dialogue permet de comprendre et de résoudre énormément de choses au collège. 

    - Le besoin énorme d'autorité pour l'enseignant : Vrai ... et faux. En SEGPA, comme ailleurs, le moment clé est septembre ! C'est à ce moment qu'il faut faire preuve d'autorité sous peine de passer une année très compliquée. Je suis de ceux qui pensent qu'il faut relâcher la vis au fur et à mesure sans trop laisser faire. Il faut donc être une main de fer dans un gant de velours. Il faut aussi jauger selon les classes et mêmes selon les élèves. Le curseur ne va pas forcément être le même avec un élève sortant d'ITEP en réintégration et un élève venant de CM2 ordinaire. 

    - Les classes ont un niveau hétérogène : VRAI ! Dans une classe il y a une multitude de niveaux ! Chaque notion enseignée est connue de manière différente et à un degré différent par chaque élève ! Il faut donc faire preuve d'anticipation, avoir une palette large d'activités et de remédiations ! Cela ne vient pas du jour au lendemain et il ne faut pas bosser jour et nuit sa première année. Le bagage se fait avec le temps et selon les besoins des élèves. A l'arrivée, cela fait une mallette d'activités, ateliers ou outils pour chaque notion. 

    - On enseigne le programme de cycle 4 : Vrai ... mais pas que ! On enseigne le cycle 4 dans les matières tels que la SVT, l'histoire-géo, la physique en adaptant le programme. On enseigne aussi une partie du cycle 4 en français et en mathématiques afin de préparer les élèves au D.N.B pro ! Mais, la majorité du temps, on enseigne le cycle 3 voir le cycle 2 notamment en lecture avec certains élèves pour qui les sons ne sont pas acquis du tout ! C'est donc un savant mélange à gérer et de nouveau c'est selon les classes. Par exemple, cette année avec mes 3e je fais énormément de cycle 3 car il y a un gros retard dans les apprentissages alors que je vais surement faire du cycle 4 avec mes 5e qui sont bien en avance pour des élèves de SEGPA sur certaines notions. 

    - Les élèves ne sont pas motivés / n'ont pas confiance en eux : Vrai et faux. La réponse est la même que dans les idées précédentes : c'est au cas par cas ! L'objectif de la SEGPA est d'amener les élèves à passer plus tard au minimum un CAP. Il faut donc les motiver ou bien leur redonner confiance en eux. Pour certains, c'est juste une question de peur de l'échec. Une fois cette barrière surmontée alors l'élève s'épanoui et les résultats ne font que progresser. Pour d'autres, il y a une crainte de l'école souvent marquée par un traumatisme. Il faut alors y aller gentiment et fonctionner par petites victoires. De nouveau, c'est la richesse de ce poste. 

    - Les PE ne sont pas formés pour cela (niveaux/public) : Vrai ! A aucun moment à l'ESPE (devenu INSPE), je n'ai eu un cours spécifique sur la SEGPA alors que beaucoup de jeunes collègues sont envoyés dans cette section. Quand on passe le concours de prof des écoles, on est loin de penser que l'on va préparer des troisièmes au brevet professionnel. Il y a donc un manque cruel d'informations et j'encourage les collègues à ouvrir leurs SEGPA et à ceux que veulent de venir voir et de franchir les portes d'un collège. 

    - Les élèves peuvent être décrocheurs scolaires : Vrai. Cela arrive mais ce n'est pas la majorité des cas. L'an dernier, en 3e, j'en ai eu une. C'est un défi au quotidien afin de les faire rester dans le cursus scolaire surtout que l'âge de 16 ans approche. Il faut donc user de stratagèmes et donner envie à ces élèves de préparer leur avenir et leur orientation.

    - Il n'y a pas de programmes / textes d'appuis / manuels pour la SEGPA : FAUX ! A la plus grande surprise de certains surement il existe des programmes d'enseignements adaptés pour les matières technologiques et pour l'histoire-géographie. Malgré tout, le spécialisé reste le parent pauvre de l'éducation nationale. Il existe aussi certains manuels pour les enseignements adaptés comme ceux chez Hachette éducation. Pour le reste, c'est souvent du bricolage et de la récupération à droite et à gauche notamment en prenant les manuels de cycle 3.

    - Le public d'adolescent est plus difficile (rebelles et irrespectueux) : Faux. Le public n'est pas plus difficile que dans certaines classes du primaire. Il est moins "malléable" mais reste gérable dans la majorité des cas. Après, il arrive que certains élèves posent de graves soucis et malheureusement les sanctions tombent à ce moment là. Mais, en général, c'est un plaisir de travailler avec ce public.

    - La difficulté pour le PE de s'intégrer dans une équipe de profs du secondaire : Vrai...mais ça dépend des équipes. Le PE est souvent moins bien vu par ses collègues du secondaire. Pour ma part, l’adaptation ne s'est pas faite en une année mais bien plus. Il y a des profs qui sont plus ouverts que d'autres et qui viennent à notre contact. A contrario, certains ne viennent jamais parler et ne viendront jamais. Il ne faut pas hésiter à aller en salle des profs et essayer de faire son trou. C'est important pour le bien être au travail mais aussi pour intégrer les élèves dans le collège. 

    - Le manque de poursuite dans la scolarité après la SEGPA : Faux. Les élèves de SEGPA vont en CAP après leur troisième (rarement en Bac Pro). Malgré tout l'ensemble (ou presque) des CAP leur sont ouverts et donc un panel large de formation s'offre à eux. Malheureusement, certains élèves ont des capacités limités pour des métiers passant par un CAP et c'est là que l'offre se réduit. Après leurs CAP les élèves peuvent enchaîner sur un second CAP (par exemple CAP boulangerie puis pâtisserie) voire un Bac Pro. Souvent, ce sont des métiers qui recrutent pour les élèves de SEGPA qui sont des élèves que j'aime appeler "privilégiés" vers le monde professionnel après la 3e.

    - Une fois en SEGPA on peut difficilement revenir dans un cursus classique : Vrai et faux. Il faut savoir que les 6e SEGPA sont pré-orientés. C'est à dire qu'en fin de 6e après le dernier conseil de classe on valide ou non leur orientation en SEGPA. Certains peuvent revenir dans l'ordinaire mais cela va rester à la marge tellement les dossiers SEGPA sont complets avant une orientation. Pour le reste, il est possible de faire des P.A.S.S pour certains élèves qui peuvent retourner dans l'ordinaire dans certaines matières selon leurs niveaux et les compatibilités d'emploi du temps. C'est donc un système complexe mais qui doit se généraliser et s'intensifier. Idem pour le chemin inverse avec la facilité pour les élèves de l'ordinaire de venir en SEGPA.

    - Il faut individualiser et non faire de la différenciation : Vrai et Faux. Il est impossible d'individualiser pour chaque élève au début et même après quelques années. Il faut faire de son mieux pour les élèves et ne pas chercher à être le plus complet dès les premiers jours. Il faut avancer et grandir aussi pour nous dans ce monde au final assez inconnu pour un PE.

    J'espère que l'article vous plaira et qu'il est assez complet afin de vous rassurer sur la SEGPA.

    Encore désolé pour la longueur de cet article.


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