La fin d’année rime avec la période du mouvement pour les enseignants mais aussi pour les élèves.
Ce moment peut être synonyme de joie comme de déception. En ce qui concerne les enseignants, certains auront leur vœu et vont donc logiquement être heureux. D’autres seront déçus en restant sur leur poste voire en étant affectés par défaut dans un établissement ou une structure qu’ils ne souhaitent pas.
Par expérience, je sais que ce moment peut être douloureux mais il faut essayer de voir cela comme un signe et une chance de découvrir un nouvel environnement pour au moins une année scolaire ou plus si le poste vous convient.
Mais, ici, je voudrais me concentrer sur les affectations des élèves à besoins éducatifs particuliers. L’école soi-disant inclusive devient de plus en plus destructrice pour ces élèves par manque de place et de moyens.
Il n’est pas rare de se demander comment va faire un élève relevant d’ULIS qui se retrouvera dans une 6e générale alors même qu’il atteint péniblement un niveau de fin de cycle 2. Ce jeune qui peut être non-lecteur va se retrouver dans le tourbillon du collège au sein d’un groupe de 25 à 35 élèves, à batailler pour comprendre alors qu’il n’a rien demandé.
Et encore ce cas de figure n’est pas le plus grave ! Il est possible qu’un enfant soit en attente d’une place en IME et qu’il soit affecté en 6e ordinaire ! Pour « compenser » on lui affectera une AESH qui ne sera présente que quelques heures pour atténuer les souffrances de cet élève.
En face de ces élèves, des professeurs non formés à enseigner à des élèves avec un tel niveau, qui sont parfois autant dans la souffrance que les jeunes.
Derrière tout cela, il y a aussi la détresse des parents qui voient leurs enfants souffrir au quotidien, perdre goût en l’école et tout simplement perdre pied. Pour des familles qui ont mis du temps, dans certains cas, à accepter que leur enfant soit scolarisé en élémentaire dans un dispositif spécial, elles doivent alors faire toute la démarche inverse quand elles voient leur enfant scolarisé dans l’ordinaire au collège. Cela soulève de nombreux questionnements et incompréhension qui sont légitimes.
L’école ne se donne pas les moyens de pouvoir accueillir correctement ses élèves à besoins éducatifs particuliers alors qu’ils ont besoin d’un accompagnement spécifique. Au lieu de cela, dans certaines académies on augmente le nombre de place dans les ULIS afin de dégrossir les listes d’attentes. Mais 14 élèves en ULIS ce n’est pas gérable lorsqu’il faut individualiser le travail des élèves, même si théoriquement ils ne devraient jamais être tous en même temps dans le dispositif.
Nous assistons aussi à un glissement des profils ; les élèves arrivant en ULIS relèvent de plus en plus souvent d’IME. Il en va de même en SEGPA où le public est de plus en plus semblable à celui de l’ULIS collège dans certains cas.
Il est temps de faire connaitre la réalité du terrain au plus grand nombre et faire prendre conscience que ce n’est pas une situation normale. Il faut donner les moyens aux élèves à besoins éducatifs particuliers de réussir au lieu de sans cesse les mettre au second plan et créer un mal être encore plus profond chez eux.
L'intention de l'école inclusive est louable mais elle ne peut pas reposer uniquement sur les épaules des enseignants, qui doivent faire plus, plus accessible, plus différencié, plus adapté, avec exactement les mêmes moyens qu’auparavant. C’est malheureusement bien le manque de moyens humains et financiers qui empêchent le meilleur accompagnement possible des élèves.