Premier jour de vacances aujourd'hui et le constat est amer.
C'est bien la première fois en 5 ans de SEGPA que je me trouve aussi fatigué.
Les nouvelles autour de moi concernant l'enseignement spécialisé ne sont pas roses si bien que l'on pourrait se demander se que l'on fait encore ici.
Dans mon académie les ULIS passent à 13 élèves dès la rentrée et à 14 en décembre. Dans d'autres académies, certaines ULIS sont même à 15 voire à 16. Le cadre légal fixe la limite à 12 ou moins. Quand on sait que dans des dispositifs type GS, CP, CE1 dédoublés, les effectifs tournent entre 11 et 15, pour des élèves qui ne sont (normalement) pas en situation de handicap, et bien que l'objectif de ces classe soit tout à fait louable, on peut se dire qu'il y a comme un problème.
Ce remplissage de classe a deux effets.
Le premier, c'est de vider les listes d'attente afin de contenter les parents et faire baisser ce chiffre gênant d'un point de vue éthique et mauvais d'un point de vue électoral.
Au lieu d'ouvrir d'autres ULIS, on va charger les dispositifs existants, compliquer la tâche des coordo qui sont déjà extrêmement sollicités et dégrader les conditions de travail pour l'enseignant et pour les élèves. L'inclusion, qui est la priorité, devient plus difficile ; il y a moins d'accompagnement possible en classes de référence, et moins de place dans des écoles où les effectifs sont déjà chargés.
Rajoutons aussi qu'il y a un glissement dans le public accueilli dans ces dispositifs. Les profils sont de plus en plus complexes et ne devraient pas forcément être affectés en ULIS mais dans quelques cas plutôt en IME ou en ITEP. Si la politique éducative est dans cette optique de glissement, il faut alors déployer des moyens supplémentaires dans les établissements pour la mettre en place. Cette évolution est compliquée à gérer même pour des coordinateurs chevronnés.
Ces affectations ont aussi un effet sur le vivier d'AESH. Bon nombre des nouveaux élèves d'ULIS ont une AESH. Celle-ci va se retrouver avec un élève en moins. Dans certains cas, cela va permettre d'atténuer la tension qui peut monter à 1 AESH pour 6 élèves.
Dans d'autres zones plus rurales, cela va compliquer le placement de ces personnels par manque de besoin et cela peut aller jusqu'au licenciement.
Le manque de mobilité entre le premier et le second degré ainsi que l'absence d'évolution dans la carrière des AESH est encore plus criant. Sans parler de leur salaire miséreux pour le travail qu'elles font et la non reconnaissance de leur aide indispensable à l'éducation des élèves reconnus par la MDPH.
Concernant la SEGPA, les entrées y sont de plus en plus compliquées si bien que les 6e sont rares alors que les élèves en grande difficulté sont toujours aussi nombreux et que certains profs du secondaire restent réfractaires ou peu formés à l'adaptation des supports en réponse aux besoins des élèves. Rappelons que le principe de l'inclusion repose sur l'adaptation et la compensation de la part de l'établissement pour l'élève, et non le contraire.
La souffrance des élèves au quotidien est effacée par l'objectif budgétaire et par l'inclusion à tout prix.
Cette inclusion, les enseignants spécialisés sont pourtant les premiers à la vouloir mais de façon réfléchie et surtout bienveillante pour les élèves.
Car au final qui va pâtir de ces conditions ? Ce sont bel et bien les élèves qui sont parfois mal orientés, parfois noyés dans un groupe par manque de disponibilité de la part des adultes et souvent en souffrance dans cette situation.
Alors oui c'est les vacances mais elles seront studieuses pour beaucoup d'entre nous qui allons devoir nous adapter aux nouvelles contraintes tout en gardant le même objectif : répondre aux besoins des enfants à besoins éducatifs particuliers, les faire évoluer, montrer le meilleur d'eux-mêmes.